Usufruit et nue-propriété en Espagne : acheter ou transmettre en démembrement
Édité par le Réseau d'avocats Espagne Support — Mis à jour le 15 octobre 2026
Réponse courte
Le démembrement existe en droit espagnol : l'usufruit (usufructo) donne le droit d'utiliser le bien ou de le louer, la nue-propriété (nuda propiedad) en donne la propriété sans l'usage. Fiscalement, la valeur de l'usufruit viager est de 70 % du bien si l'usufruitier a moins de 20 ans, diminuée d'un point par année d'âge supplémentaire, avec un minimum de 10 % (article 26 de la loi 29/1987) : à 62 ans, l'usufruit vaut 27 % et la nue-propriété 73 %. Le montage est utile entre parents et enfants, mais il faut justifier qui paie quoi, et anticiper l'imposition à l'extinction de l'usufruit et la présomption française de l'article 751 du CGI.
Les réponses en une phrase
- Comment calcule-t-on la valeur de l'usufruit en Espagne ?
- 70 % de la valeur pour un usufruitier de moins de 20 ans, moins 1 % par année au-delà, minimum 10 %.
- Qui paie l'IBI en démembrement ?
- L'usufruitier, qui est le redevable de la taxe foncière quand un usufruit existe.
- Qui déclare le modelo 210 ?
- L'usufruitier non-résident déclare le revenu imputé ou les loyers ; le nu-propriétaire n'a rien à déclarer sur ce revenu.

Le principe : deux droits sur un même bien
Le code civil espagnol (articles 467 et suivants) définit l'usufruit comme le droit de jouir des biens d'autrui en conservant leur substance. L'usufruitier habite le bien, le prête ou le loue et en perçoit les loyers ; il assume l'entretien courant. Le nu-propriétaire est propriétaire, mais sans usage ; il retrouvera la pleine propriété à l'extinction de l'usufruit, généralement au décès de l'usufruitier.
Ce démembrement peut naître de trois façons : un achat séparé (les parents achètent l'usufruit, les enfants la nue-propriété, dans le même acte), une donation avec réserve d'usufruit, ou une succession (l'usufruit légal du conjoint survivant, notamment). Chaque voie a ses propres conséquences fiscales.
La valeur fiscale de l'usufruit : la règle espagnole
L'article 26 de la loi 29/1987, repris pour l'ITP par l'article 10 du texte de l'impôt sur les transmissions, fixe la valeur de l'usufruit viager à 70 % de la valeur totale si l'usufruitier a moins de 20 ans, en retirant 1 % par année d'âge supplémentaire, sans descendre sous 10 %. En pratique, la valeur en pourcentage est égale à 89 moins l'âge, entre 70 et 10. L'usufruit temporaire vaut 2 % par année de durée, sans dépasser 70 %.
- Usufruitier de 50 ans : usufruit 39 %, nue-propriété 61 %.
- Usufruitier de 62 ans : usufruit 27 %, nue-propriété 73 %.
- Usufruitier de 70 ans : usufruit 19 %, nue-propriété 81 %.
- Usufruitier de 79 ans ou plus : usufruit 10 %, nue-propriété 90 %.
À l'achat : l'ITP est réparti, pas augmenté
Dans un achat d'occasion, l'ITP se calcule sur la valeur de chaque droit acquis, au taux de la région. L'usufruitier paie sur la valeur de l'usufruit, le nu-propriétaire sur la valeur de la nue-propriété. Le total est le même que pour un achat en pleine propriété : le démembrement ne fait pas économiser d'ITP, il le répartit. Dans le neuf, la TVA est due sur le prix et répartie de la même façon.
Chaque acheteur doit avoir un NIE, figurer dans l'acte et payer sa part avec des fonds dont il peut justifier l'origine. C'est le point délicat du montage familial.
Le piège : qui paie vraiment la nue-propriété ?
Si ce sont les parents qui financent la part des enfants, l'administration peut analyser l'opération comme une donation déguisée, en Espagne comme en France. En Espagne, une somme donnée à un enfant pour payer sa nue-propriété est une donation soumise à l'ISD, qui peut bénéficier des bonifications régionales si elle est faite en acte public avec mention de l'origine des fonds. Faire la donation d'argent proprement, avant l'achat, évite la requalification.
En France, l'article 751 du code général des impôts présume qu'un bien dont le défunt avait l'usufruit et dont un héritier présomptif a la nue-propriété fait partie de la succession, sauf preuve contraire, notamment une donation régulière réalisée plus de trois mois avant le décès. Pour un parent domicilié en France, cette présomption doit être anticipée dès l'achat, en conservant la preuve que les enfants ont financé leur part.
Pendant la détention : qui paie et qui déclare
L'usufruitier est le redevable de l'IBI quand un usufruit existe (article 61 de la loi des finances locales). Il paie les charges courantes de copropriété et l'entretien ; les grosses réparations incombent en principe au nu-propriétaire, sauf accord contraire, qu'il vaut mieux écrire dans l'acte.
Pour l'impôt des non-résidents, le revenu imputé d'un logement non loué ou les loyers sont déclarés par l'usufruitier avec le modelo 210, car c'est lui qui a l'usage. Le nu-propriétaire n'a pas de revenu à déclarer tant que l'usufruit dure.
Au décès de l'usufruitier : l'extinction et ses conséquences
Au décès, l'usufruit viager s'éteint et le nu-propriétaire devient plein propriétaire. C'est l'intérêt principal du montage : le bien ne passe pas par la succession espagnole du parent, et il n'y a pas d'acte d'acceptation à signer pour lui.
Fiscalement, l'extinction n'est pas forcément neutre. Selon la façon dont la nue-propriété a été acquise (achat, donation ou succession), la loi espagnole peut prévoir une imposition au moment où l'usufruit se réunit à la nue-propriété. Il faut aussi faire inscrire l'extinction au registre avec l'acte de décès. Ce chiffrage se fait dès le départ, pas au décès.
Vendre un bien démembré et le cas du conjoint survivant
Un bien démembré ne peut être vendu en pleine propriété qu'avec l'accord de l'usufruitier et de tous les nu-propriétaires, qui signent ensemble l'acte. Le prix se répartit en principe selon la valeur de chaque droit au jour de la vente, calculée avec le même barème d'âge. Chacun déclare ensuite sa propre plus-value, et, s'il est non-résident, l'acheteur retient 3 % sur la part de chaque vendeur non-résident.
Le démembrement peut aussi naître sans l'avoir voulu. Lorsque la succession est soumise au code civil espagnol, le conjoint survivant qui concourt avec des enfants reçoit l'usufruit d'un tiers de la succession (article 834). Si la succession relève de la loi française, ce sont les droits du conjoint prévus en France qui s'appliquent, y compris sur le bien espagnol. Dans les deux cas, l'usufruit du conjoint et la nue-propriété des enfants doivent être inscrits au registre.
Avant d'acheter en démembrement, posez-vous donc aussi la question de la sortie : une revente rapide, un désaccord entre enfants ou le départ en maison de retraite de l'usufruitier compliquent fortement un bien démembré. Une clause sur la vente et le partage des charges, signée dès l'achat, évite bien des blocages.
Cas pratique : une mère de 62 ans et deux enfants à Alicante
Une mère de 62 ans achète avec ses deux enfants un appartement d'occasion de 300 000 € dans la province d'Alicante. Elle acquiert l'usufruit viager : 27 %, soit 81 000 €. Chaque enfant acquiert la moitié de la nue-propriété : 73 %, soit 219 000 €, donc 109 500 € chacun. L'ITP valencien se calcule sur chacune de ces valeurs, au taux en vigueur à la date de l'achat.
Si la mère donne à ses enfants l'argent de leur part, cette donation doit être faite par acte public avec mention de l'origine des fonds, déclarée en Espagne dans les trente jours ouvrables et, si elle est domiciliée en France, déclarée en France. Chacun conserve ensuite les justificatifs de paiement. Ces montants sont illustratifs.
Ce que fait l'avocat du réseau
Le secrétariat étudie la composition familiale, la région et le financement, puis l'avocat compétent vous adresse une proposition d'honoraires écrite. Il calcule la valeur des droits, rédige les clauses de répartition des charges, organise la donation de fonds si nécessaire et vérifie les conséquences françaises avec Maître Huertas.
Questions fréquentes
Peut-on vendre un bien démembré ?
Oui, avec la signature de l'usufruitier et de tous les nu-propriétaires ; le prix se répartit selon la valeur de chaque droit.
Le conjoint survivant a-t-il un usufruit en Espagne ?
Si la succession relève du code civil espagnol et qu'il y a des enfants, il reçoit l'usufruit d'un tiers de la succession (article 834).
Les parents peuvent-ils payer la nue-propriété des enfants ?
Oui, mais par une donation d'argent déclarée, faite par acte public avec mention de l'origine des fonds, pour éviter une requalification.
Le démembrement évite-t-il la succession espagnole ?
Pour le bien démembré, l'usufruit s'éteint au décès sans acte d'acceptation, mais l'extinction doit être inscrite et ses effets fiscaux étudiés.
Le démembrement existe-t-il en droit espagnol ?
Oui : l'usufructo et la nuda propiedad sont prévus par le code civil espagnol (articles 467 et suivants).
Quelle est la valeur de l'usufruit à 70 ans ?
19 % de la valeur du bien ; la nue-propriété vaut 81 %.
Le démembrement réduit-il l'ITP ?
Non : l'impôt total est le même, il est seulement réparti entre usufruitier et nu-propriétaires.
Qui paie l'IBI ?
L'usufruitier.
Que se passe-t-il au décès de l'usufruitier ?
L'usufruit s'éteint et le nu-propriétaire devient plein propriétaire ; l'extinction doit être inscrite au registre et ses effets fiscaux chiffrés à l'avance.
Sources officielles utilisées
Les règles et montants cités renvoient aux administrations espagnoles ci-dessous, à consulter pour l'état du droit en vigueur. Dernière mise à jour : octobre 2026.
- BOE — Loi 29/1987 sur les successions et donations— groupes de parenté, valeur de l'usufruit (art. 26) et règles de rattachement régional
- Boletín Oficial del Estado— textes de loi espagnols en vigueur (code civil, loi hypothécaire)
- Agencia Tributaria (AEAT)— impôts des non-résidents, modelo 210, retenue de 3 % à la vente
Pour aller plus loin
Les guides qui prolongent cette page, selon l'étape de votre projet.
- Si vous donnez la nue-propriété : le guide donation détaille l'impôt régional et la plus-value du parent donateur.Lecture conseillée après « Usufruit et nue-propriété » afin de approfondir le point « si vous donnez la nue-propriété ».
- Pour organiser l'usufruit du conjoint : un testament espagnol permet de choisir la loi applicable et de prévoir les droits de chacun.Pour anticiper la transmission, les formalités et la fiscalité entre la France et l'Espagne, prolongez ici votre lecture de « Usufruit et nue-propriété ».
- Pour comparer avec l'indivision : le guide achat à deux ou en famille présente les autres façons de répartir la propriété.Lecture conseillée après « Usufruit et nue-propriété » afin de approfondir le point « pour comparer avec l'indivision ».
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Informations générales à jour en 2026. Barème de l'usufruit tiré de l'article 26 de la loi 29/1987 en vigueur en octobre 2026 ; les règles françaises sont citées pour un donateur domicilié en France.
