Comment se calcule la plus-value en Espagne

Réponse courte
Vendre un bien en Espagne déclenche deux impositions distinctes qu'il ne faut pas confondre. La première est la plus-value de cession imposée par l'État : elle se calcule sur la différence entre le prix de vente diminué des frais supportés par le vendeur et le prix d'acquisition majoré des frais et impôts payés à l'achat ainsi que des travaux d'amélioration justifiés par facture. Pour un vendeur non-résident, l'acheteur est légalement tenu de retenir 3 % du prix de vente et de les verser au Trésor espagnol comme acompte : le vendeur dépose ensuite sa déclaration de plus-value et paie le complément ou demande le remboursement de l'excédent. La seconde imposition est la plusvalía municipal, un impôt communal sur l'augmentation de valeur du terrain, dû en principe par le vendeur, dont le calcul a été réformé après une décision du Tribunal constitutionnel espagnol et qui n'est pas exigible lorsqu'aucune plus-value réelle n'existe. Les taux, abattements et barèmes évoluent : faites établir le chiffrage par un conseil fiscal avant de signer.
Deux impôts différents, souvent confondus
Le mot « plus-value » recouvre en Espagne deux prélèvements qui n'ont ni la même base, ni le même destinataire, ni le même mode de calcul. Le premier est l'impôt d'État sur le gain réalisé : il porte sur l'écart entre ce que le bien vous a coûté et ce que vous en retirez. Le second, la plusvalía municipal, est perçu par la mairie et ne vise que l'augmentation de valeur du terrain sur lequel le bien est bâti, indépendamment de la construction.
Cette distinction a des conséquences pratiques immédiates. Vous pouvez être redevable de la plusvalía municipale alors même que l'opération vous a peu rapporté, ou au contraire en être dispensé si vous démontrez que le terrain n'a pas pris de valeur entre l'achat et la vente. Inversement, l'impôt d'État suit fidèlement le gain réel, à condition que vous soyez capable de le justifier pièce par pièce.
Pour un vendeur non-résident, un troisième mécanisme s'ajoute : la retenue de 3 % opérée par l'acheteur. Ce n'est pas un impôt supplémentaire mais une avance. Elle sert de garantie à l'administration espagnole, qui ne peut pas facilement poursuivre un vendeur reparti à l'étranger. Elle se déduit de l'impôt finalement dû.
- Impôt d'État sur la plus-value : différence entre prix de revient et prix de cession.
- Plusvalía municipal : augmentation de valeur du seul terrain, perçue par la mairie.
- Retenue de 3 % sur le prix : acompte, non impôt définitif, pour les vendeurs non-résidents.
Comment se calcule la plus-value imposable
Le prix d'acquisition ne se limite pas au montant écrit dans l'acte. On y ajoute les frais et impôts que vous avez réellement supportés en achetant : ITP ou TVA et AJD, honoraires de notaire, inscription au registre foncier, honoraires d'avocat et de gestoría. On y ajoute également les travaux d'amélioration, c'est-à-dire ceux qui augmentent la valeur ou la surface du bien, à l'exclusion de l'entretien courant et des réparations.
Le prix de cession, lui, est diminué des frais que vous supportez en vendant : commission d'agence, certificat énergétique, cédula si elle est exigée, plusvalía municipale lorsque vous la payez, honoraires de conseil. La plus-value imposable est la différence entre ces deux montants corrigés. C'est ce travail de reconstitution, facture par facture, qui fait varier l'impôt de plusieurs milliers d'euros.
La plus-value est ensuite soumise au barème progressif applicable aux gains en capital, qui comporte plusieurs tranches et dont les taux sont fixés par la loi de finances espagnole. Un régime transitoire peut réduire l'imposition des biens acquis avant 1995, dans des limites précises. Les biens acquis par succession ou donation prennent comme prix d'acquisition la valeur retenue lors de la transmission, augmentée des impôts alors acquittés.
La règle d'or est documentaire : sans facture nominative comportant votre NIE, une dépense ne sera pas admise. Un vendeur qui a payé ses travaux sans facture perd le droit de les ajouter à son prix de revient, et paie l'impôt sur un gain qu'il n'a pas réellement réalisé.
- À ajouter au prix d'achat : ITP ou TVA et AJD, notaire, registre, avocat, gestoría.
- À ajouter aussi : travaux d'amélioration justifiés par facture nominative.
- À déduire du prix de vente : agence, certificat énergétique, conseil, plusvalía payée.
- Non admis : entretien courant, réparations, dépenses sans facture.
Le barème applicable au gain réalisé
La plus-value de cession s'ajoute à la base de l'épargne de l'impôt sur le revenu espagnol et suit un barème progressif par tranches : 19 % jusqu'à 6 000 €, 21 % de 6 000 à 50 000 €, 23 % de 50 000 à 200 000 €, 27 % de 200 000 à 300 000 € et 30 % au-delà. Ce barème, fixé au niveau de l'État, est identique dans toutes les communautés autonomes pour ce type de revenu.
Pour un vendeur non-résident, le gain est taxé à un taux fixe et non progressif : 19 % pour les résidents de l'Union européenne, de l'Islande et de la Norvège, 24 % pour les résidents des autres pays, dont souvent les non-résidents installés hors UE.
La retenue de 3 % pour les vendeurs non-résidents
Lorsque le vendeur est non-résident fiscal espagnol, l'acheteur doit retenir 3 % du prix convenu et les verser lui-même au Trésor public espagnol dans le délai légal, au moyen du formulaire prévu. Le vendeur ne reçoit donc que 97 % du prix le jour de la signature, et l'acheteur lui remet le justificatif du versement.
Cette retenue est un acompte sur l'impôt de plus-value. Le vendeur dispose ensuite d'un délai pour déposer sa propre déclaration. Si l'impôt réellement dû dépasse la retenue, il paie la différence. S'il est inférieur, ou si l'opération s'est soldée par une moins-value, le vendeur demande le remboursement de l'excédent : le remboursement est réel mais prend du temps, et l'administration peut réclamer des justificatifs avant de payer.
Pour l'acheteur, l'enjeu est lourd : s'il omet la retenue, l'administration peut se retourner contre lui, le bien acquis répondant de la dette fiscale. C'est une des vérifications systématiques de l'avocat de l'acheteur avant la signature, au même titre que le contrôle des dettes attachées au bien et de la situation au registre foncier.
Si vous vendez alors que vous êtes redevenu résident fiscal espagnol dans l'année, le régime applicable change entièrement. Faites trancher la question de votre résidence fiscale avant de fixer le calendrier de la vente : quelques semaines peuvent modifier le régime d'imposition.
- Retenue de 3 % versée par l'acheteur, justificatif remis au vendeur.
- Déclaration de plus-value du vendeur à déposer dans le délai légal.
- Remboursement possible en cas de moins-value, après contrôle de l'administration.
- Acheteur responsable si la retenue n'a pas été opérée.
La plusvalía municipal après la réforme
La plusvalía municipal, officiellement impôt sur l'augmentation de valeur des terrains de nature urbaine, se calcule à partir de la valeur cadastrale du terrain, de la durée de détention et de coefficients fixés par l'État, la commune votant son propre taux dans les limites légales. Elle est due par le vendeur dans une vente ordinaire, et par l'héritier ou le donataire dans une transmission gratuite.
Le Tribunal constitutionnel espagnol a censuré l'ancienne méthode de calcul (arrêt 182/2021 du 26 octobre 2021), qui aboutissait à imposer des opérations réalisées à perte. Le régime actuel, fixé par le décret-loi royal 26/2021 du 8 novembre, offre deux voies de calcul et permet au contribuable de retenir la plus favorable : une méthode objective fondée sur la valeur cadastrale et des coefficients, et une méthode réelle fondée sur la différence effective entre les valeurs de terrain lors de l'acquisition et de la vente. Lorsqu'il n'existe aucune augmentation de valeur du terrain, l'impôt n'est pas exigible, mais l'absence de gain doit être démontrée avec les deux actes.
La déclaration se fait auprès de la mairie du lieu du bien, dans un délai court après la signature, variable selon les communes et plus long en cas de succession. Comme les montants et les procédures diffèrent d'une commune à l'autre, la seule information fiable est celle de l'administration municipale compétente.
Dans la pratique des transactions, la charge de cet impôt est parfois transférée à l'acheteur par une clause du contrat. Une telle clause est valable entre les parties mais elle n'est pas opposable à la mairie, qui continue de réclamer au redevable légal. Si vous achetez, refusez cette clause ou faites consigner le montant : c'est un point à verrouiller dès le contrat d'arras.
- Impôt communal sur la valeur du terrain, pas sur la construction.
- Deux méthodes de calcul depuis la réforme, la plus favorable au choix du contribuable.
- Non exigible en l'absence d'augmentation de valeur, preuve à la charge du contribuable.
- Clause mettant l'impôt à la charge de l'acheteur : valable entre parties, inopposable à la mairie.
Réduire légalement la facture et éviter les erreurs classiques
La première source d'économie n'est pas un montage : c'est la reconstitution rigoureuse du prix de revient. Beaucoup de vendeurs déclarent une plus-value supérieure à la réalité simplement parce qu'ils ont oublié l'ITP payé à l'achat, les honoraires de leur avocat ou une rénovation faite dix ans plus tôt. Rassemblez ces pièces avant de mettre le bien en vente, pas après la signature.
Des exonérations existent, notamment en cas de réinvestissement dans une résidence principale au sein de l'Union européenne dans les conditions prévues par la loi, ou pour les vendeurs âgés dans certaines situations. Ces régimes sont strictement encadrés et supposent que le bien vendu ait effectivement été votre résidence habituelle : ils ne s'appliquent pas à une résidence secondaire classique.
Anticipez aussi la date de signature. La plus-value se rattache à l'exercice de la vente, et la situation de résidence fiscale s'apprécie sur l'année entière. Un déménagement, une retraite en Espagne ou un retour en France dans l'année peuvent modifier profondément le régime applicable.
Enfin, méfiez-vous du sous-déclaré. Déclarer un prix inférieur au prix réel pour réduire l'impôt du vendeur et l'ITP de l'acheteur reste une pratique évoquée dans certaines régions : elle expose les deux parties à un redressement avec pénalités, prive l'acheteur d'un prix d'acquisition élevé lors de sa propre revente et peut constituer une infraction. Aucun gain fiscal ne justifie ce risque.
- Rassembler acte d'achat, justificatifs d'impôts et factures de travaux avant la mise en vente.
- Vérifier l'éligibilité aux exonérations légales plutôt que de les présumer.
- Tenir compte de l'exercice fiscal et de la résidence pour fixer la date de signature.
- Refuser toute sous-déclaration du prix, sanctionnée et coûteuse à la revente.
Questions fréquentes
Qui paie la plus-value en Espagne, le vendeur ou l'acheteur ?
L'impôt sur la plus-value de cession est dû par le vendeur. La plusvalía municipale l'est aussi en principe, même si le contrat peut prévoir autre chose entre les parties. L'acheteur, lui, est responsable de la retenue de 3 % quand le vendeur est non-résident.
Comment fonctionne la retenue de 3 % ?
L'acheteur verse 3 % du prix au Trésor espagnol et remet le justificatif au vendeur. Cette somme est un acompte : le vendeur dépose ensuite sa déclaration de plus-value et paie le solde ou demande le remboursement de l'excédent.
Puis-je déduire mes travaux du calcul ?
Les travaux d'amélioration oui, l'entretien courant non, et uniquement sur présentation de factures nominatives mentionnant votre NIE. Une dépense payée sans facture ne peut pas être ajoutée au prix d'acquisition.
Je vends à perte : dois-je quand même payer quelque chose ?
Aucun impôt d'État n'est dû sur une moins-value, mais la retenue de 3 % est tout de même prélevée et devra être réclamée. Pour la plusvalía municipale, l'impôt n'est pas exigible si le terrain n'a pas pris de valeur, à condition de le démontrer avec les deux actes.
Quels sont les taux applicables ?
Les gains en capital des non-résidents suivent un barème par tranches fixé par la loi de finances espagnole, susceptible d'évoluer. Faites confirmer le taux de l'année de la vente par un conseil fiscal plutôt que de reprendre un chiffre ancien.
La plusvalía municipale s'applique-t-elle aussi à une succession ?
Oui, elle est due par l'héritier ou le donataire lors d'une transmission gratuite, avec un délai de déclaration plus long qu'en cas de vente. Elle s'ajoute à l'impôt régional sur les successions et donations.
Combien de temps pour être remboursé du trop-perçu ?
Le remboursement est prévu par la loi mais suppose une déclaration correcte et peut donner lieu à une demande de pièces. Prévoyez plusieurs mois et conservez tous les justificatifs de l'achat et de la vente.
Dois-je déclarer cette vente en France ?
Oui, la vente d'un bien espagnol se déclare également en France, la convention franco-espagnole organisant l'élimination de la double imposition. Faites vérifier le traitement par un professionnel maîtrisant les deux fiscalités.
Sources officielles utilisées
Les règles et montants cités renvoient aux administrations espagnoles ci-dessous, à consulter pour l'état du droit en vigueur. Dernière mise à jour : septembre 2026.
- Agencia Tributaria (AEAT)— impôts des non-résidents, modelo 210, retenue de 3 % à la vente
- Sede Electrónica del Catastro— référence cadastrale, surface et valeur cadastrale d'un bien
- Boletín Oficial del Estado— textes de loi espagnols en vigueur (code civil, loi hypothécaire)
Pour aller plus loin
- L'impôt annuel des non-résidents (Modelo 210).Ce dossier complète le guide sur le calcul de la plus-value immobilière en Espagne en précisant les contrôles et décisions utiles autour de L'impôt annuel des non-résidents (Modelo 210).
- Les frais d'achat qui augmentent votre prix de revient.Utilisez cette lecture après ce dossier sur le calcul de la plus-value immobilière en Espagne pour approfondir concrètement Les frais d'achat qui augmentent votre prix de revient.
- Le rôle du notaire le jour de la signature.Cette ressource relie le calcul de la plus-value immobilière en Espagne à l’étape suivante de votre projet : Le rôle du notaire le jour de la signature.
- La Nota Simple, preuve de la situation du bien.Poursuivez avec La Nota Simple, preuve de la situation du bien afin de replacer cette question dans l’ensemble de votre achat.
- Les pièges les plus fréquents, achat comme revente.Le point Les pièges les plus fréquents, achat comme revente apporte un éclairage complémentaire directement utile à ce sujet.
Informations générales à jour en 2026. Les barèmes de plus-value, les coefficients de plusvalía municipale et les exonérations évoluent : faites confirmer votre calcul par un conseil fiscal avant de signer.
