Comment se calcule la plus-value en Espagne
Mis à jour le 27 octobre 2026

Réponse courte
Vendre un bien en Espagne déclenche deux impositions distinctes qu'il ne faut pas confondre. La première est la plus-value de cession imposée par l'État : elle se calcule sur la différence entre le prix de vente diminué des frais supportés par le vendeur et le prix d'acquisition majoré des frais et impôts payés à l'achat ainsi que des travaux d'amélioration justifiés par facture. Pour un vendeur non-résident, l'acheteur est légalement tenu de retenir 3 % du prix de vente et de les verser au Trésor espagnol comme acompte : le vendeur dépose ensuite sa déclaration de plus-value et paie le complément ou demande le remboursement de l'excédent. La seconde imposition est la plusvalía municipal, un impôt communal sur l'augmentation de valeur du terrain, dû en principe par le vendeur, dont le calcul a été réformé après une décision du Tribunal constitutionnel espagnol et qui n'est pas exigible lorsqu'aucune plus-value réelle n'existe. Les taux, abattements et barèmes évoluent : faites établir le chiffrage par un conseil fiscal avant de signer.
Deux impôts espagnols différents, souvent confondus
Le mot « plus-value » recouvre en Espagne deux prélèvements qui n'ont ni la même base, ni le même destinataire, ni le même mode de calcul. Le premier est l'impôt d'État sur le gain réalisé : il porte sur l'écart entre ce que le bien vous a coûté et ce que vous en retirez. Le second, la plusvalía municipal, est perçu par la mairie et ne vise que l'augmentation de valeur du terrain sur lequel le bien est bâti, indépendamment de la construction.
Cette distinction a des conséquences pratiques immédiates. Vous pouvez être redevable de la plusvalía municipale alors même que l'opération vous a peu rapporté, ou au contraire en être dispensé si vous démontrez que le terrain n'a pas pris de valeur entre l'achat et la vente. Inversement, l'impôt d'État suit fidèlement le gain réel, à condition que vous soyez capable de le justifier pièce par pièce.
Pour un vendeur non-résident, un troisième mécanisme s'ajoute : la retenue de 3 % opérée par l'acheteur. Ce n'est pas un impôt supplémentaire mais une avance. Elle sert de garantie à l'administration espagnole, qui ne peut pas facilement poursuivre un vendeur reparti à l'étranger. Elle se déduit de l'impôt finalement dû.
Ce calcul concerne un bien situé en Espagne. Si vous vendez d'abord votre logement en France, la question se pose autrement : nous expliquons à part le traitement de la plus-value de la vente française l'année du déménagement en Espagne.
- Impôt d'État sur la plus-value : différence entre prix de revient et prix de cession.
- Plusvalía municipal : augmentation de valeur du seul terrain, perçue par la mairie.
- Retenue de 3 % sur le prix : acompte, non impôt définitif, pour les vendeurs non-résidents.
Comment se calcule la plus-value imposable en Espagne
Le prix d'acquisition ne se limite pas au montant écrit dans l'acte. On y ajoute les frais et impôts que vous avez réellement supportés en achetant : ITP ou TVA et AJD, honoraires de notaire, inscription au registre foncier, honoraires d'avocat et de gestoría. On y ajoute également les travaux d'amélioration, c'est-à-dire ceux qui augmentent la valeur ou la surface du bien, à l'exclusion de l'entretien courant et des réparations.
Le prix de cession, lui, est diminué des frais que vous supportez en vendant : commission d'agence, certificat énergétique, cédula si elle est exigée, plusvalía municipale lorsque vous la payez, honoraires de conseil. La plus-value imposable est la différence entre ces deux montants corrigés. C'est ce travail de reconstitution, facture par facture, qui fait varier l'impôt de plusieurs milliers d'euros.
La plus-value est ensuite soumise au barème progressif applicable aux gains en capital, qui comporte plusieurs tranches et dont les taux sont fixés par la loi de finances espagnole. Un régime transitoire peut réduire l'imposition des biens acquis avant 1995, dans des limites précises. Les biens acquis par succession ou donation prennent comme prix d'acquisition la valeur retenue lors de la transmission, augmentée des impôts alors acquittés.
La règle d'or est documentaire : sans facture nominative comportant votre NIE, une dépense ne sera pas admise. Un vendeur qui a payé ses travaux sans facture perd le droit de les ajouter à son prix de revient, et paie l'impôt sur un gain qu'il n'a pas réellement réalisé.
- À ajouter au prix d'achat : ITP ou TVA et AJD, notaire, registre, avocat, gestoría.
- À ajouter aussi : travaux d'amélioration justifiés par facture nominative.
- À déduire du prix de vente : agence, certificat énergétique, conseil, plusvalía payée.
- Non admis : entretien courant, réparations, dépenses sans facture.
Le barème applicable au gain réalisé
Pour un vendeur résident fiscal en Espagne, la plus-value s'ajoute à la base de l'épargne de l'impôt sur le revenu (IRPF) et suit un barème progressif par tranches : 19 % jusqu'à 6 000 €, 21 % de 6 000 à 50 000 €, 23 % de 50 000 à 200 000 €, 27 % de 200 000 à 300 000 € et 30 % au-delà (article 66 de la loi IRPF, barème publié par l'Agence fiscale pour 2025).
Pour un vendeur non-résident sans établissement permanent, le gain est taxé à un taux unique de 19 %, applicable depuis 2016 quel que soit le pays de résidence (Agence fiscale, impôt sur le revenu des non-résidents). Ce taux s'applique au gain calculé vente par vente, sans barème progressif.
Deux règles particulières, prévues par la loi des non-résidents, peuvent réduire l'impôt : les biens urbains achetés entre le 12 mai et le 31 décembre 2012 bénéficient d'une exonération de 50 % du gain (sauf vente entre proches), et les biens acquis avant le 31 décembre 1994 peuvent profiter de coefficients réducteurs, dans la limite d'un total de 400 000 € de prix de vente cumulés depuis 2015.
La retenue de 3 % pour les vendeurs non-résidents
Lorsque le vendeur est non-résident fiscal espagnol, l'acheteur doit retenir 3 % du prix convenu et les verser lui-même au Trésor public espagnol avec le Modelo 211, dans le mois qui suit la vente (article 25.2 de la loi des non-résidents). Le vendeur ne reçoit donc que 97 % du prix le jour de la signature, et l'acheteur lui remet l'exemplaire du Modelo 211 qui lui est destiné.
Cette retenue est un acompte sur l'impôt de plus-value. Le vendeur dispose ensuite d'un délai pour déposer sa propre déclaration. Si l'impôt réellement dû dépasse la retenue, il paie la différence. S'il est inférieur, ou si l'opération s'est soldée par une moins-value, le vendeur demande le remboursement de l'excédent : le remboursement est réel mais prend du temps, et l'administration peut réclamer des justificatifs avant de payer.
Pour l'acheteur, l'enjeu est lourd : s'il omet la retenue, l'administration peut se retourner contre lui, le bien acquis répondant de la dette fiscale. C'est une des vérifications systématiques de l'avocat de l'acheteur avant la signature, au même titre que le contrôle des dettes attachées au bien et de la situation au registre foncier.
Si vous vendez alors que vous êtes redevenu résident fiscal espagnol dans l'année, le régime applicable change entièrement. Faites trancher la question de votre résidence fiscale avant de fixer le calendrier de la vente : quelques semaines peuvent modifier le régime d'imposition.
- Retenue de 3 % versée par l'acheteur, justificatif remis au vendeur.
- Déclaration de plus-value du vendeur à déposer dans le délai légal.
- Remboursement possible en cas de moins-value, après contrôle de l'administration.
- Acheteur responsable si la retenue n'a pas été opérée.
La plusvalía municipal après la réforme
La plusvalía municipal, officiellement impôt sur l'augmentation de valeur des terrains de nature urbaine, se calcule à partir de la valeur cadastrale du terrain, de la durée de détention et de coefficients fixés par l'État, la commune votant son propre taux dans les limites légales. Elle est due par le vendeur dans une vente ordinaire, et par l'héritier ou le donataire dans une transmission gratuite.
Le Tribunal constitutionnel espagnol a censuré l'ancienne méthode de calcul (arrêt 182/2021 du 26 octobre 2021), qui aboutissait à imposer des opérations réalisées à perte. Le régime actuel, fixé par le décret-loi royal 26/2021 du 8 novembre, offre deux voies de calcul et permet au contribuable de retenir la plus favorable : une méthode objective fondée sur la valeur cadastrale et des coefficients, et une méthode réelle fondée sur la différence effective entre les valeurs de terrain lors de l'acquisition et de la vente. Lorsqu'il n'existe aucune augmentation de valeur du terrain, l'impôt n'est pas exigible, mais l'absence de gain doit être démontrée avec les deux actes.
La déclaration se fait auprès de la mairie du lieu du bien : la loi sur les finances locales (article 110) fixe un délai de trente jours ouvrables après une vente, et de six mois après un décès, prorogeable jusqu'à un an à la demande de l'héritier. Le taux, plafonné à 30 % (article 108), et la procédure sont fixés par chaque commune : la seule information fiable est l'ordonnance de la mairie compétente.
Dans la pratique des transactions, la charge de cet impôt est parfois transférée à l'acheteur par une clause du contrat. Une telle clause est valable entre les parties mais elle n'est pas opposable à la mairie, qui continue de réclamer au redevable légal. Si vous achetez, refusez cette clause ou faites consigner le montant : c'est un point à verrouiller dès le contrat d'arras.
- Impôt communal sur la valeur du terrain, pas sur la construction.
- Deux méthodes de calcul depuis la réforme, la plus favorable au choix du contribuable.
- Non exigible en l'absence d'augmentation de valeur, preuve à la charge du contribuable.
- Clause mettant l'impôt à la charge de l'acheteur : valable entre parties, inopposable à la mairie.
Réduire légalement la facture et éviter les erreurs classiques
La première source d'économie n'est pas un montage : c'est la reconstitution rigoureuse du prix de revient. Beaucoup de vendeurs déclarent une plus-value supérieure à la réalité simplement parce qu'ils ont oublié l'ITP payé à l'achat, les honoraires de leur avocat ou une rénovation faite dix ans plus tôt. Rassemblez ces pièces avant de mettre le bien en vente, pas après la signature.
Des exonérations existent, notamment en cas de réinvestissement dans une résidence principale au sein de l'Union européenne dans les conditions prévues par la loi, ou pour les vendeurs âgés dans certaines situations. Ces régimes sont strictement encadrés et supposent que le bien vendu ait effectivement été votre résidence habituelle : ils ne s'appliquent pas à une résidence secondaire classique.
Anticipez aussi la date de signature. La plus-value se rattache à l'exercice de la vente, et la situation de résidence fiscale s'apprécie sur l'année entière. Un déménagement, une retraite en Espagne ou un retour en France dans l'année peuvent modifier profondément le régime applicable.
Enfin, méfiez-vous du sous-déclaré. Déclarer un prix inférieur au prix réel pour réduire l'impôt du vendeur et l'ITP de l'acheteur reste une pratique évoquée dans certaines régions : elle expose les deux parties à un redressement avec pénalités, prive l'acheteur d'un prix d'acquisition élevé lors de sa propre revente et peut constituer une infraction. Aucun gain fiscal ne justifie ce risque.
- Rassembler acte d'achat, justificatifs d'impôts et factures de travaux avant la mise en vente.
- Vérifier l'éligibilité aux exonérations légales plutôt que de les présumer.
- Tenir compte de l'exercice fiscal et de la résidence pour fixer la date de signature.
- Refuser toute sous-déclaration du prix, sanctionnée et coûteuse à la revente.
Questions fréquentes
Qui paie la plus-value en Espagne, le vendeur ou l'acheteur ?
L'impôt sur la plus-value de cession est dû par le vendeur. La plusvalía municipale l'est aussi en principe, même si le contrat peut prévoir autre chose entre les parties. L'acheteur, lui, est responsable de la retenue de 3 % quand le vendeur est non-résident.
Comment fonctionne la retenue de 3 % ?
L'acheteur verse 3 % du prix au Trésor espagnol et remet le justificatif au vendeur. Cette somme est un acompte : le vendeur dépose ensuite sa déclaration de plus-value et paie le solde ou demande le remboursement de l'excédent.
Puis-je déduire mes travaux du calcul ?
Les travaux d'amélioration oui, l'entretien courant non, et uniquement sur présentation de factures nominatives mentionnant votre NIE. Une dépense payée sans facture ne peut pas être ajoutée au prix d'acquisition.
Je vends à perte : dois-je quand même payer quelque chose ?
Aucun impôt d'État n'est dû sur une moins-value, mais la retenue de 3 % est tout de même prélevée et devra être réclamée. Pour la plusvalía municipale, l'impôt n'est pas exigible si le terrain n'a pas pris de valeur, à condition de le démontrer avec les deux actes.
Quels sont les taux applicables ?
Un non-résident paie 19 % sur le gain, sans barème progressif. Un résident fiscal espagnol relève du barème de l'épargne de l'IRPF, de 19 % à 30 % selon les tranches. Faites confirmer le taux de l'année de la vente, car la loi peut évoluer.
La plusvalía municipale s'applique-t-elle aussi à une succession ?
Oui, elle est due par l'héritier ou le donataire lors d'une transmission gratuite, avec un délai de déclaration plus long qu'en cas de vente. Elle s'ajoute à l'impôt régional sur les successions et donations.
Combien de temps pour être remboursé du trop-perçu ?
Le remboursement est prévu par la loi mais suppose une déclaration correcte et peut donner lieu à une demande de pièces. Prévoyez plusieurs mois et conservez tous les justificatifs de l'achat et de la vente.
Dois-je déclarer cette vente en France ?
Oui, la vente d'un bien espagnol se déclare également en France, la convention franco-espagnole organisant l'élimination de la double imposition. Faites vérifier le traitement par un professionnel maîtrisant les deux fiscalités.
Sources officielles utilisées
Les règles et montants cités renvoient aux sources officielles ci-dessous, à consulter pour l'état du droit en vigueur. Dernière mise à jour : 27 octobre 2026.
- Agencia Tributaria (AEAT)— impôts des non-résidents, modelo 210, retenue de 3 % à la vente
- Sede Electrónica del Catastro— référence cadastrale, surface et valeur cadastrale d'un bien
- Boletín Oficial del Estado— textes de loi espagnols en vigueur (code civil, loi hypothécaire)
Pour aller plus loin
- Récupérer la retenue de 3 %.Pour le vendeur non-résident : le calendrier du modelo 211 puis du modelo 210, les justificatifs à réunir et le délai de remboursement.
- Vendre un bien immobilier en Espagne.Le calendrier complet de la vente, des documents à réunir à la signature chez le notaire, dans lequel s'inscrivent la retenue de 3 % et la plusvalía.
- Vendre un bien hérité en Espagne.Pour un bien reçu par succession, le prix d'acquisition retenu est la valeur déclarée lors de l'héritage : ce guide explique comment la reconstituer.
- La double imposition France-Espagne.La vente se déclare aussi en France : ce guide explique comment la convention fiscale évite de payer deux fois l'impôt sur le même gain.
- Les frais d'achat qui augmentent votre prix de revient.L'ITP, le notaire et le registre payés à l'achat s'ajoutent au prix d'acquisition : retrouvez leur détail pour ne rien oublier dans le calcul.
- Le Modelo 210 des non-résidents.C'est le formulaire de déclaration de la plus-value du vendeur non-résident, et aussi celui de l'impôt annuel tant que vous restez propriétaire.
- La taxe foncière IBI.Le dernier reçu d'IBI donne la valeur cadastrale du terrain, base de la méthode objective de la plusvalía municipale.
- Maître Huertas, avocat fiscaliste du réseau.La fiscalité de la vente lui est confiée pour toute l'Espagne : le secrétariat étudie votre dossier, puis Maître Huertas vous adresse sa proposition d'honoraires par écrit.
Informations générales à jour en 2026. Les barèmes de plus-value, les coefficients de plusvalía municipale et les exonérations évoluent : faites confirmer votre calcul par un conseil fiscal avant de signer.
