Location longue durée en Espagne : ce que prévoit la loi pour le bailleur
Édité par le Réseau d'avocats Espagne Support — Mis à jour le 30 septembre 2026
Réponse courte
Le bail d'habitation est régi par la loi 29/1994 sur les baux urbains (LAU). Le locataire peut rester jusqu'à cinq ans (sept ans si le bailleur est une société) même si le contrat prévoit une durée plus courte, puis le bail se prolonge d'année en année jusqu'à trois ans supplémentaires, sauf préavis. Le dépôt de garantie légal est d'un mois de loyer, les garanties complémentaires sont limitées, et les frais d'agence sont à la charge du bailleur depuis la loi 12/2023.

Durée, prorogation et sortie du bail en Espagne
La logique espagnole surprend souvent les propriétaires français : la durée écrite au contrat n'est qu'un plancher pour le bailleur, pas un plafond pour le locataire. Si vous signez un bail d'un an alors que vous êtes une personne physique, le locataire pourra le proroger d'année en année jusqu'à cinq ans au total, et jusqu'à sept ans si le bailleur est une personne morale. Vous ne pouvez vous y opposer qu'à l'échéance de cette période légale, avec un préavis écrit de quatre mois.
Passé ce terme, si aucune des parties ne notifie son intention de mettre fin au bail, celui-ci se proroge tacitement d'année en année pendant trois ans supplémentaires. Le locataire, lui, peut partir après six mois de bail avec un préavis de trente jours ; le contrat peut prévoir une indemnité égale à un mois de loyer par année de bail restant à courir, mais uniquement si cette clause a été expressément stipulée.
- Bailleur personne physique : cinq ans de prorogation obligatoire.
- Bailleur société : sept ans.
- Prorogation tacite ensuite : jusqu'à trois ans de plus.
- Préavis du bailleur pour ne pas proroger : quatre mois avant le terme.
- Préavis du locataire : deux mois, et trente jours pour partir après six mois.
Reprendre son logement : une possibilité très encadrée
Le bailleur personne physique ne peut récupérer le logement avant l'expiration de la période légale que pour y loger lui-même, son conjoint en cas de séparation ou de divorce, ou un parent au premier degré. Cette faculté doit impérativement avoir été prévue de façon expresse dans le contrat : une clause manquante rend la reprise impossible avant cinq ans.
Même prévue, la reprise suppose un préavis de deux mois et une occupation effective dans les trois mois suivant le départ du locataire. Si le logement n'est pas occupé comme annoncé, le locataire peut exiger d'être réintégré pour la durée restante, ou obtenir une indemnisation. C'est une question à régler avant d'acheter un bien déjà loué : vous achèterez aussi le bail en cours.
Loyer, dépôt de garantie et révision
Le loyer initial est libre, sauf dans les zones de marché tendu déclarées par une région en application de la loi 12/2023 : là, le loyer d'un nouveau bail est plafonné par référence au bail précédent ou à l'indice de référence publié par le ministère du Logement, avec des règles plus strictes pour les grands propriétaires. La Catalogne a largement utilisé ce dispositif ; d'autres régions ne l'ont pas activé.
Le dépôt de garantie légal est d'un mois de loyer pour un logement, deux mois pour un usage différent de l'habitation. Il doit être déposé auprès de l'organisme régional compétent, formalité que beaucoup de bailleurs étrangers ignorent et qui expose à une amende. Les garanties complémentaires — caution bancaire, garant — sont limitées à deux mensualités supplémentaires pour les baux d'habitation de sept ans au plus.
La révision annuelle n'est possible que si le contrat la prévoit. Depuis 2025, l'indice de référence pour l'actualisation des loyers d'habitation est publié par l'INE et remplace l'ancienne référence à l'IPC ; il vise à contenir les hausses. La révision ne peut jamais dépasser le plafond légal en vigueur à la date de l'actualisation.
Bail saisonnier ou touristique : ne pas se tromper de régime
Une location de quelques mois justifiée par un motif temporaire réel — mission professionnelle, études, soins, travaux dans la résidence principale — relève du bail de saison, hors du régime protecteur de la LAU. Une location touristique de courte durée, commercialisée sur les plateformes, relève quant à elle de la réglementation régionale et exige presque partout une licence et un numéro d'enregistrement affiché.
Qualifier un bail d'habitation ordinaire de « saisonnier » pour échapper aux cinq ans est une pratique répandue et dangereuse. Les tribunaux examinent la réalité de l'occupation, pas l'intitulé du contrat : la requalification en bail d'habitation rétablit toutes les protections du locataire, avec effet rétroactif. Depuis 2025, un registre national des locations de courte durée renforce encore les contrôles.
Impayés et récupération du logement
La procédure de desahucio por falta de pago permet d'obtenir la résiliation et l'expulsion, mais les délais réels vont de plusieurs mois à plus d'un an selon l'engorgement du tribunal. Si le locataire est déclaré en situation de vulnérabilité par les services sociaux, la procédure est suspendue le temps qu'une solution de relogement soit proposée, ce qui allonge encore l'attente.
La prévention vaut mieux que la procédure : vérification des revenus et de l'ancienneté professionnelle, dépôt légal enregistré, garanties complémentaires dans la limite autorisée, assurance loyers impayés, et rédaction soignée du bail. Pour un propriétaire non-résident, un mandataire local capable de constater et d'agir vite est indispensable.
ce que le locataire peut exiger au quotidien
Au-delà des règles de durée et de préavis, le locataire conserve des droits concrets pendant toute la location : le propriétaire ne peut pas pénétrer dans le logement sans préavis, et le locataire peut demander la réparation de tout problème structurel ou d'équipement qui rend le logement impropre à l'usage. Faites toujours constater par écrit, idéalement par message ou courrier, les défauts signalés et les délais de réparation annoncés : c'est ce qui protège en cas de litige.
bien choisir sa ville et son quartier avant de s'installer
L'emplacement reste la décision la plus structurante : villes et villages espagnols varient considérablement en coût de la vie, en ambiance et en commodités de proximité (commerces, transports, santé). Avant de signer un bail de plusieurs mois, mieux vaut visiter plusieurs quartiers ou, si possible, louer d'abord pour une courte période afin de confirmer que la zone correspond réellement au mode de vie recherché.
s'intégrer dans la communauté locale
Une installation réussie passe aussi par l'intégration : participer aux événements de quartier, échanger avec le voisinage et s'ouvrir aux usages locaux facilite nettement l'expérience de la location longue durée, au-delà des seuls aspects contractuels et fiscaux.
Fiscalité du bailleur non-résident
Les loyers se déclarent au modelo 210. Pour les loyers perçus depuis 2024, le bailleur peut les regrouper en une seule déclaration annuelle, du 1er au 20 avril de l'année suivante, ou déclarer chaque loyer dans les vingt premiers jours suivant le trimestre. Le taux est de 19 % sur le loyer net pour les résidents de l'Union européenne, de l'Islande et de la Norvège, et de 24 % sur le brut pour les autres.
Un bailleur résident fiscal en Espagne relève, lui, de l'IRPF et bénéficie sous conditions de réductions sur les loyers d'habitation, renforcées dans les zones tendues lorsque le loyer est abaissé par rapport au bail précédent. Les périodes pendant lesquelles le logement n'est pas loué restent soumises au revenu imputé, dans une déclaration distincte.
au-delà du loyer : les coûts annexes à anticiper
Le loyer n'est que la partie émergée du budget. Prévoyez aussi les charges de copropriété (communauté), les services (eau, électricité, gaz, internet) et parfois des frais d'entretien du jardin ou de la piscine selon le type de logement. Ces coûts varient fortement selon la région et la taille du bien : demandez les dernières factures avant de signer plutôt que de vous fier à une estimation orale du propriétaire.
Questions fréquentes
Quelle durée minimale pour un bail en Espagne ?
Le locataire peut rester jusqu'à cinq ans, sept ans si le bailleur est une société, quelle que soit la durée écrite au contrat.
Quel dépôt de garantie peut-on demander ?
Un mois de loyer pour un logement, à déposer auprès de l'organisme régional, plus au maximum deux mensualités de garanties complémentaires.
Le locataire peut-il partir avant le terme ?
Oui, après six mois, avec un préavis de trente jours ; une indemnité est due seulement si le contrat la prévoit.
Peut-on reprendre son logement pour y habiter ?
Seulement si le contrat le prévoit expressément, avec deux mois de préavis et une occupation effective dans les trois mois.
Comment révise-t-on le loyer ?
Uniquement si le contrat le prévoit, selon l'indice officiel publié par l'INE depuis 2025 et dans la limite du plafond légal.
Qui paie les frais d'agence ?
Le bailleur, depuis la loi 12/2023 sur le droit au logement.
Combien de temps dure une procédure d'expulsion pour impayés ?
De plusieurs mois à plus d'un an selon le tribunal, avec suspension possible en cas de vulnérabilité reconnue.
Quelle fiscalité pour un bailleur français non-résident ?
19 % sur le loyer net au modelo 210, déclaré une fois par an du 1er au 20 avril.
Le loyer est-il le seul coût à prévoir en location longue durée en Espagne ?
Non : il faut ajouter les charges de copropriété, l'eau, l'électricité, le gaz et parfois l'entretien d'un jardin ou d'une piscine, des postes qui varient selon la région et la taille du logement.
Le propriétaire peut-il entrer dans le logement loué sans prévenir ?
Non, le locataire a droit au respect de son domicile ; toute visite doit être convenue à l'avance.
Sources officielles utilisées
Les règles et montants cités renvoient aux administrations espagnoles ci-dessous, à consulter pour l'état du droit en vigueur. Dernière mise à jour : octobre 2026.
- Boletín Oficial del Estado— textes de loi espagnols en vigueur (code civil, loi hypothécaire)
- Instituto Nacional de Estadística (INE)— padrón municipal et indices officiels de révision des loyers
- Agencia Tributaria (AEAT)— impôts des non-résidents, modelo 210, retenue de 3 % à la vente
Pour aller plus loin
Les guides qui prolongent cette page, selon l'étape de votre projet.
- La loi logementLecture conseillée après « Location longue durée » afin de approfondir le point « la loi logement ».
- Déclarer ses loyersPour évaluer les règles locatives, les charges et la rentabilité nette, prolongez ici votre lecture de « Location longue durée ».
- Acheter pour louerSuite logique de « Location longue durée » : elle sert à évaluer les règles locatives, les charges et la rentabilité nette.
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